Le dirigeant du parti « Jil Jadid », Zoheir Rouis, a mis en doute la pertinence des chiffres récemment publiés par le Fonds international de développement agricole (FIDA), faisant état d’une baisse des transferts de devises des Algériens résidant à l’étranger vers leur pays, à 1,799 milliard de dollars. Il a présenté les circuits empruntés par ces flux financiers ainsi que leur volume réel, tout en proposant des moyens de mieux les encadrer et de tirer pleinement parti de cette relation.
Le responsable politique estime que les transferts de devises de la diaspora algérienne dépassent largement les 1,799 milliard de dollars, mais qu’ils ne sont pas investis de manière appropriée. Il a détaillé les dysfonctionnements qui affectent cette relation, ou ce maillon important de l’économie nationale, alors même que, selon des observateurs, ces transferts profitent à l’économie du pays, indépendamment des circuits informels qu’ils empruntent.
Dans sa présentation des données de 2025, le Fonds avait établi une comparaison entre l’Algérie et ses voisins. Il avait indiqué que, tandis que les transferts de devises des Algériens avaient diminué, plaçant le pays au 11e rang, ils avaient augmenté de 114 % au Maroc, pour atteindre 13,65 milliards de dollars, et de 79 % en Tunisie, où ils se sont établis à 3,26 milliards de dollars.
Dans une publication sur Facebook, Rouis a expliqué qu’il était naturel que ces chiffres ne signifient pas que les Algériens établis à l’étranger ont cessé d’aider leurs familles ou de contribuer à l’économie de leur pays. Le Fonds mesure en effet les flux qui transitent par les circuits officiellement enregistrés.
C’est précisément là que réside le problème, selon lui. Celui-ci est lié à l’ensemble du système et non aux choix de la diaspora. Il souligne que l’écart entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle constitue une forte incitation à délaisser les circuits bancaires, cet écart oscillant entre 53 et 80 %.
Bien que Rouis et d’autres soient convaincus que les transferts sont beaucoup plus importants et qu’ils bénéficient, d’une manière ou d’une autre, à l’économie nationale, il s’interroge sur les raisons pour lesquelles les autorités ne réglementent pas les mouvements de cette masse financière, ne formalisent pas ses circuits et ne l’intègrent pas dans le système bancaire officiel. Il s’interroge également sur l’absence de canaux simples, sûrs, compétitifs et suffisamment attractifs pour inciter les membres de la diaspora à y déposer officiellement leur épargne.
Le responsable politique estime que la formalisation de ces transferts présenterait beaucoup plus d’avantages sur les plans statistique, de l’attractivité des investissements et symbolique. Il souligne que la différence ne s’explique pas par une plus grande « générosité » des Marocains ou des Tunisiens, mais par les politiques publiques mises en place pour rendre les transferts officiels plus accessibles et plus attractifs, et pour transformer progressivement la relation avec la diaspora en une relation économique.
Selon lui, l’Algérie a longtemps considéré sa diaspora comme une ressource affective plutôt que comme une force économique. Or, cette catégorie ne devient pas un levier économique simplement parce qu’elle est nombreuse : il faut réunir les conditions lui permettant de jouer ce rôle. Il s’agit ainsi de dépasser une vision qui réduit la relation avec la diaspora aux transferts familiaux, aux retours au pays pendant l’été et, parfois, à des aides ponctuelles.
À cet égard, Rouis affirme qu’il est désormais nécessaire de considérer la diaspora algérienne comme un ensemble de compétences, d’hommes d’affaires, de chercheurs, de cadres, d’investisseurs, de réseaux internationaux et d’importantes capacités d’épargne. Elle peut contribuer au financement de l’économie, au transfert de technologies, à l’ouverture internationale des entreprises algériennes, à la recherche, à l’innovation et au développement des régions.
Pour mieux tirer profit de cette masse financière, le responsable politique propose de cesser de demander à la diaspora d’investir dans le pays tout en lui imposant de supporter la bureaucratie, l’incertitude réglementaire, les difficultés de transfert et les risques liés au régime de change. Il rappelle que la confiance ne se décrète pas : elle se construit à travers des règles claires, stables et prévisibles.
Selon ses propositions, l’Algérie devrait également établir un véritable pacte économique avec sa diaspora, dépassant la simple gestion administrative de cette relation, afin d’en faire une composante permanente de sa puissance économique. Cela suppose aussi une réforme sérieuse des conditions de transfert des devises étrangères, notamment par la réduction de l’écart entre les taux de change, la modernisation des circuits bancaires, le développement à grande échelle des solutions numériques, la simplification des procédures administratives et le renforcement de la sécurité juridique.
Parmi les mesures concrètes proposées, Rouis évoque la création de produits d’épargne en devises étrangères attractifs, la facilitation des investissements de la diaspora dans les petites et moyennes entreprises algériennes, ainsi que la possibilité pour un chercheur, un ingénieur ou un homme d’affaires résidant à l’étranger de contribuer à un projet en Algérie sans avoir à se heurter à la bureaucratie.
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