Nation

La majorité se réveille dans les arrêts de jeu

Fait rare sur la scène politique

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Dans une démarche rare sur la scène politique, le président du groupe parlementaire du Rassemblement National Démocratique (RND), Mohamed Taouil, s’est démarqué du discours habituel de son parti au sujet de l’article 200, sur la base duquel l’Autorité nationale indépendante des élections a écarté près de 3 000 candidats et 200 députés, dont certains de ses collègues au sein du parti.

Dans une publication sur sa page Facebook, le député a soulevé ce qu’il a qualifié de « questions légitimes » concernant la nature de cet article ainsi que les conséquences de son application à grande échelle. Sa publication a suscité de nombreuses réactions et commentaires.

Les réponses ont été partagées entre ceux qui lui reprochent d’avoir voté en faveur de cette disposition sans véritable débat avant l’adoption des amendements à la loi électorale, et ceux qui soutiennent ses interrogations. Des observateurs estiment également que les partis de la majorité n’auraient probablement pas rejoint les critiques visant ce texte juridique si son application ne les avait pas eux-mêmes affectés.

Critiquant l’article, le président du groupe parlementaire a affirmé que, même si l’État dispose du droit légitime d’adopter les lois encadrant les différents aspects de la vie nationale et que les institutions concernées ont le droit de les appliquer comme elles l’entendent, les acteurs politiques ont également le droit de poser des questions lorsque l’application de ces lois devient un phénomène nécessitant une analyse approfondie.

Le parlementaire s’est interrogé sur la manière d’expliquer le nombre élevé de dossiers de candidature rejetés en vertu de l’article 200, qui a dépassé les 3 000 dossiers sur un total de plus de 7 000 candidats. Il a ajouté : « Nous sommes ici face à un phénomène qui mérite une révision et une évaluation sur les plans politique, juridique et même administratif. »

Poursuivant sa critique de l’article et de son application extensive, il a déclaré que si, depuis des années, il est question de renouveler les élites et d’ouvrir la voie aux compétences, notamment parmi les jeunes et les femmes, comment les jeunes interpréteront-ils ce message lorsqu’ils verront un grand nombre de candidats exclus avant même d’atteindre les urnes ?

Selon Taouil, cette situation risque également d’encourager le désengagement des femmes des institutions élues. Il a souligné que la législature actuelle comptait 32 femmes au sein de l’Assemblée populaire nationale, alors que seulement cinq dossiers de candidature féminins ont été retenus pour les élections en cours.

Le député estime qu’il est également difficile de parler d’élargissement de la participation politique dans le contexte actuel, alors que de nombreux candidats ont le sentiment d’avoir été éliminés de la compétition avant même que les électeurs puissent exprimer leur choix.

Il a ensuite évoqué les conséquences potentielles à long terme en posant plusieurs questions : « En tant que classe politique, sommes-nous condamnés à assumer les conséquences politiques de ces exclusions à court et moyen terme ? A-t-on réfléchi à l’impression que cela pourrait laisser aux nouvelles générations concernant l’utilité de se porter candidat, de militer dans un parti et de participer aux élections ? Et qui assumera la responsabilité du vide que pourrait provoquer l’absence de ces catégories sur la scène politique ? »

Avant lui, le président du Front El Moustakbal, Fateh Boutbig, avait également abordé la question de l’article 200 de la loi électorale. Dans une déclaration à des médias locaux, il a affirmé qu’il n’existait pas de divergence de principe concernant le cadre juridique de cette disposition, mais que le problème résidait dans son application.

Il a appelé à une définition plus précise de l’article 200 afin d’éliminer toute ambiguïté et de garantir la transparence, tout en permettant aux autorités d’expliquer clairement et de manière responsable les motifs des rejets sur la base de données précises.

Boutbig a également insisté sur la nécessité que les décisions d’exclusion soient suffisamment motivées afin de garantir aux candidats le droit de saisir la justice, laquelle doit être en mesure de statuer sur la base de critères clairs et précis.

L’adhésion des partis de la majorité à la vague de critiques contre l’article 200 et son application extensive témoigne d’un élargissement du rejet de cette disposition. Toutefois, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections, Karim Khelfane, a rejeté ces accusations, affirmant que son institution n’avait exclu personne mais s’était contentée d’appliquer la loi dans le cadre de la moralisation de la vie politique et de la lutte contre l’argent sale, selon ses précédentes déclarations à l’Agence de presse algérienne.