Le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d’Oran a accueilli, mardi dernier, une journée d’étude consacrée au phénomène des violences urbaines de quartier et à leurs implications juridiques. La rencontre a réuni des spécialistes du droit, de la sociologie et de la psychologie, ainsi que des représentants des institutions sécuritaires et judiciaires. L’objectif était de dresser un état des lieux du phénomène, de rechercher de nouveaux mécanismes de prévention plus efficaces et d’adopter une approche multipartite qui ne repose pas uniquement sur le volet sécuritaire.
Le professeur Hamza Bechiri, chef du département des villes et des territoires au CRASC, a affirmé, dans son intervention, que « les études de terrain menées dans la ville d’Oran ont montré que les violences urbaines sont le produit de plusieurs facteurs, notamment la désintégration de la famille à la suite de divorces et les conséquences, sur les enfants, des violences exercées contre leur mère ou inversement, dans un contexte d’addiction des parents. Les enfants peuvent ainsi rejoindre des réseaux de trafic de drogue et de prostitution. Le mariage intervient souvent après une relation hors mariage. À cela s’ajoutent les mauvaises conditions de logement et l’absence de préparation et de responsabilité du conjoint, qui peuvent conduire à des violences intrafamiliales ».
Il a également évoqué d’autres facteurs : « Le relogement des habitants d’anciens logements vers de nouveaux quartiers s’accompagne d’une diminution des possibilités d’emploi, comme ce fut le cas pour les habitants transférés du quartier de Sidi El Houari vers celui du colonel Lotfi. Par ailleurs, la dégradation des immeubles et les quartiers précaires où vivent les familles constituent des refuges pour les violences. Les bandes criminelles se tournent également vers ces quartiers pour mener leurs activités loin des regards des autorités. Elles profitent du chômage et du manque d’infrastructures pour recruter des jeunes. Les parents se retrouvent souvent en prison, et la perte du soutien de famille contraint alors l’épouse à sortir pour subvenir aux besoins de ses enfants, parfois en exerçant des activités douteuses ».
Le chercheur a conclu que « la violence ne survient pas par hasard et nécessite une approche intégrée associant plusieurs acteurs afin de réduire ce phénomène ».
De son côté, la professeure Amina Latreche, du même centre de recherche, a abordé la question des violences à travers une étude de terrain et une analyse anthropologique de la nouvelle ville Ali Mendjeli, à Constantine, qu’elle a décrite comme un « lieu-dortoir » ou un « lieu de regroupement ». Elle a souligné que le déplacement des habitants d’un ancien quartier vers un nouveau ne constitue pas seulement une transition matérielle, mais également sociale.
Elle a également présenté les résultats d’une enquête de terrain menée auprès de jeunes impliqués dans des actes de violence, qui en ont été victimes ou qui en ont été témoins. Parmi eux figuraient des personnes souffrant d’addiction et prises en charge dans des centres spécialisés. L’enquête a mis en évidence les difficultés liées au passage de l’habitat précaire aux logements collectifs en immeubles, qui impose de nouvelles règles et de nouveaux comportements urbains, notamment en matière de propreté, de respect du voisinage et de lutte contre les nuisances sonores. Ces exigences sont en totale contradiction avec les conditions de vie dans les quartiers précaires.
Cette situation favorise les différends, les affrontements et les guerres de bandes pour le contrôle des espaces extérieurs. Elle conduit également à la construction d’extensions anarchiques destinées, entre autres, à l’élevage d’animaux. Il en résulte un climat de peur dans lequel un conflit individuel peut se transformer en conflit collectif, au nom de la défense de l’honneur du groupe, de la dignité du quartier et de l’imposition d’une autorité locale.
La propagation et la répétition de ces comportements accentuent l’isolement individuel, les violences verbales et le harcèlement quotidien. Elles entraînent une banalisation progressive de ces actes et une diminution de la sensibilité de la société à l’égard de la violence, qui finit par être considérée comme normale. Il en résulte également un affaiblissement de la confiance dans la loi.
La chercheuse a aussi abordé le phénomène des enlèvements d’enfants, notamment l’affaire de l’enlèvement des deux enfants Haroun et de son frère dans l’unité de voisinage n° 14 de la nouvelle ville Ali Mendjeli. Elle a évoqué les répercussions de ces affaires sur les familles, qui interdisent à leurs enfants de jouer dehors ou de sortir, ainsi que l’apparition de ce que l’on appelle le « marquage territorial », qui transforme certains immeubles et espaces en lieux interdits à tous.
Elle a également relevé plusieurs facteurs favorisant les violences urbaines, notamment le chômage, le décrochage scolaire, les difficultés d’intégration et le manque d’infrastructures. En conclusion, elle a plaidé pour que l’on ne se limite pas à une approche strictement sécuritaire.
Dans le même contexte, Ahmed Kerboub, procureur de la République près le tribunal d’Oued Tlélat, a présenté différents textes législatifs récemment adoptés, notamment ceux relatifs à la lutte contre les bandes de quartiers, le trafic de drogue et les crimes de haine.
L’intervention de la professeure Hafida Merioua a, quant à elle, porté sur les transformations sociologiques et juridiques, ainsi que sur la mise en place de mécanismes permettant de lutter contre le phénomène et de prévenir les violences urbaines après en avoir établi le diagnostic.
Des représentants des services de sécurité, notamment de la police et de la Gendarmerie nationale, ont également pris la parole pour présenter leurs interventions sur ce phénomène.
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