Le monde de l’édition a été marqué, en moins d’un mois, par la parution d’un second ouvrage consacré aux coulisses du pouvoir marocain. Ce nouveau livre, qui suscite déjà un vif débat dans les milieux politiques du royaume, s’intéresse aux zones d’ombre entourant le roi du Maroc, à l’influence des cercles proches du palais ainsi qu’aux critiques liées à la gestion politique du pays.
Publié jeudi dernier aux éditions Grasset, sous le titre « Récit d’un roi », et écrit par les journalistes Christophe Ayad et Fabrice Boubin, l’ouvrage est présenté comme le fruit de plusieurs années d’enquête et d’un travail d’actualisation de séries d’articles publiés à l’été 2025. Il se veut également une synthèse du règne du roi, marqué selon les auteurs par une présence physique de plus en plus intermittente, tandis que son influence financière et celle de ses réseaux seraient, elles, omniprésentes.
Les auteurs décrivent un pouvoir traversé par des cercles d’influence, une forme d’emprise économique sans précédent et une déconnexion croissante avec la réalité sociale. Ils évoquent un système où l’absence devient un élément central de gouvernance.
Selon le livre, le roi Mohammed VI se serait progressivement éloigné des obligations protocolaires à Rabat, préférant de longs séjours à l’étranger, notamment en France, transformant ces déplacements en mode de vie plutôt qu’en exceptions diplomatiques.
L’ouvrage relate également des périodes de paralysie administrative, durant lesquelles des décisions importantes seraient restées en suspens en raison de l’absence du souverain, décrit comme un « roi à présence discontinue ».
Parmi les passages les plus controversés figure celui consacré à l’influence des frères Z., présentés comme des acteurs ayant acquis un rôle central dans l’entourage royal, suscitant tensions et interrogations au sein de certaines institutions.
Les auteurs évoquent aussi une évolution du modèle économique du pouvoir, passant d’une image de « roi des pauvres » à celle d’un monarque impliqué dans de nombreux secteurs économiques stratégiques. Ils soulignent des questions de conflits d’intérêts structurels, affirmant que le système mêlerait étroitement pouvoir politique et intérêts économiques.
Le livre aborde également la gestion de la presse et des opposants, évoquant des stratégies de discrédit et des affaires judiciaires ayant touché des journalistes, ainsi qu’un affaiblissement progressif de la presse indépendante.
Enfin, le séisme du Haut Atlas en septembre 2023 est présenté comme un moment révélateur de la distance entre le pouvoir et la population, le roi étant alors en déplacement à l’étranger au moment de la catastrophe, selon les auteurs.
L’ouvrage s’interroge également sur la question de la succession et sur l’avenir institutionnel du pays, décrivant un système traversé par des tensions internes et des incertitudes.
Au terme de cette enquête, les auteurs dressent le constat d’un règne marqué par des absences, des déséquilibres et une concentration du pouvoir économique et politique, laissant, selon eux, un héritage institutionnel fragile.
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