Après que le Conseil d'État a annulé, en l'espace d'une année, deux élections successives à la présidence de l'Union nationale des ordres des avocats en raison de recours portant sur des « irrégularités procédurales et juridiques », l'organisation a fixé une nouvelle date pour désigner le successeur du bâtonnier national, Ibrahim Taïri, ou lui renouveler sa confiance s'il décide de se représenter.
Le Conseil de l'Union nationale des avocats algériens s'est réuni, hier, au siège de la Cour suprême, sous la présidence du bâtonnier sortant, Ibrahim Taïri. À l'issue de cette réunion, les membres ont décidé à l'unanimité d'organiser l'élection le 1er août prochain, a appris El Khabar de source interne à l'organisation.
L'ordre du jour était consacré à l'examen de plusieurs questions organisationnelles jugées « importantes et déterminantes » pour la profession. Les discussions ont principalement porté sur la situation de l'Union après la décision du Conseil d'État annulant l'élection du président et de ses deux vice-présidents, ainsi que sur la fixation des dates des assemblées générales ordinaires des différentes organisations régionales d'avocats.
Les contours de la nouvelle compétition restent encore flous. Selon des informations circulant au sein de l'organisation, les mêmes candidats pourraient se représenter, à l'exception du bâtonnier sortant, dont la participation demeure incertaine. Si le scrutin aboutit, le futur président devra relever de nombreux défis afin d'engager des réformes susceptibles de redynamiser la profession d'avocat.
Pour la première fois depuis sa création, l'Union se retrouve dans une telle situation. En l'espace d'un an, la justice administrative a annulé à deux reprises les élections destinées à renouveler sa direction pour des motifs juridiques et procéduraux.
La première annulation concernait le scrutin organisé en mai 2025, qui avait reconduit Ibrahim Taïri à la tête de l'Union. Le Conseil d'État avait estimé que l'élection avait été organisée avant l'expiration des délais de recours relatifs au renouvellement des conseils des organisations régionales composant l'Union.
La seconde annulation porte sur le scrutin d'avril dernier, remporté par Abdelhafid Ben Fatah, bâtonnier de l'Ordre d'Oum El Bouaghi. Le Conseil d'État a invalidé cette élection en raison d'une gestion jugée « illogique » d'une égalité de voix entre deux candidats, les organisateurs ayant départagé les candidats en faveur du plus âgé sans fondement juridique clair, selon les procès-verbaux de l'élection consultés à l'époque par El Khabar.
À la suite de cette décision, plusieurs observateurs avaient estimé que l'Union revenait à la case départ, illustrant une situation juridique inédite pour cette organisation représentative des avocats. Ils avaient également souligné que la profession traverse une période de fortes tensions, marquée par des réformes attendues et par la nécessité d'adapter la loi régissant la profession aux évolutions de la société et du numérique.
En attendant la tenue d'un nouveau scrutin, Ibrahim Taïri continue d'assurer la présidence de l'Union, conformément aux dispositions de la loi régissant la profession.
Le premier scrutin avait déjà suscité de vives contestations de la part de plusieurs ordres régionaux, notamment ceux d'Alger, Blida, Tlemcen et Bouira, qui dénonçaient un processus « dépourvu de transparence » et marqué par un « régionalisme », des accusations rejetées en bloc par Ibrahim Taïri.
Les avocats restent aujourd'hui divisés sur la situation. Certains y voient le signe d'une crise profonde appelant un renouvellement des pratiques et des réformes de fond, tandis que d'autres considèrent que les annulations prononcées par la justice administrative témoignent du bon fonctionnement des institutions et du respect de l'État de droit, plutôt que d'un dysfonctionnement.
Une large partie de la profession s'accorde toutefois sur la nécessité d'engager des réformes profondes, notamment en matière d'alternance à la tête des instances représentatives et de lutte contre les pratiques jugées contraires à l'éthique et à la légalité dans l'accès aux responsabilités syndicales.
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