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Des partis politiques paient le prix du boycott

Cette réalité est apparue clairement dans la wilaya d’Alger, considérée comme la plus grande et la plus complexe des circonscriptions électorales sur le plan organisationnel.

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Les résultats préliminaires liés à la phase de dépôt des dossiers de candidature pour les prochaines élections législatives ont mis en évidence les répercussions du choix du boycott ou de la non-participation aux précédents scrutins sur la situation organisationnelle et électorale des partis politiques, notamment en ce qui concerne leur capacité à remplir les conditions légales requises pour se porter candidats, à commencer par la collecte des formulaires de signatures individuelles.

Cette réalité est apparue de manière particulièrement visible dans la wilaya d’Alger, considérée comme la plus grande et la plus complexe des circonscriptions électorales sur le plan organisationnel. La loi impose aux listes ne disposant pas d’au moins 4 % des voix lors des précédentes élections de recueillir un minimum de 4.650 signatures individuelles afin de valider une liste dans la capitale, où 38 candidats se disputent 31 sièges à l’Assemblée Populaire Nationale.

Selon les données recueillies à la clôture de la phase de dépôt des dossiers, plusieurs partis politiques ayant boycotté les législatives de 2021, ou y ayant participé sans atteindre le seuil leur permettant de bénéficier de l’exemption légale de collecte des signatures, n’ont pas réussi à atteindre le nombre requis de formulaires. Cela a concrètement compromis leur présence dans certaines wilayas, notamment Alger.

Cette situation relance un débat politique et organisationnel sur le coût que peut représenter le choix du boycott à moyen et long terme. Certains partis semblent aujourd’hui confrontés à une réalité différente au moment de revenir dans la compétition électorale, après avoir été contraints de reconstruire presque entièrement leurs réseaux de terrain et leurs capacités de mobilisation.

Il apparaît désormais que la participation électorale ne se limite pas à l’obtention de résultats ou de sièges, mais constitue également un moyen de préserver l’ancrage local, la présence organisationnelle et le lien permanent avec les électeurs. Ces éléments deviennent essentiels lors des phases de collecte des signatures, de constitution des listes et de gestion des campagnes électorales.

C’est pour cette raison que les partis ayant déserté le processus électoral lors des précédentes échéances se sont retrouvés ces dernières semaines confrontés à des défis complexes sur le terrain : mobilisation des militants, organisation des opérations de collecte des signatures, couverture des quartiers et des circonscriptions administratives, ainsi que constitution des dossiers administratifs des candidats. Toutes ces opérations nécessitent des structures actives et des bases militantes capables de se mobiliser rapidement.

Certaines formations politiques ont également évoqué des difficultés et obstacles rencontrés lors de la collecte des signatures, qu’il s’agisse du manque de temps ou des aspects organisationnels et logistiques liés à l’enregistrement des formulaires sur la plateforme de l’Autorité nationale indépendante des élections. Toutefois, ces difficultés ont également relancé les interrogations sur la capacité réelle de ces partis à conserver leur pouvoir de mobilisation populaire après des années d’absence électorale ou de présence limitée.

Dans tous les cas, les raisons expliquant l’incapacité à atteindre le seuil requis ne peuvent être réduites à un seul facteur. Néanmoins, le bilan final du dépôt des dossiers a révélé un écart entre le discours politique de certains partis et leur capacité effective à agir sur le terrain et à mobiliser le soutien nécessaire pour valider leurs listes.

La phase de collecte des signatures a aussi démontré que le retour à la compétition après une période de boycott n’est pas automatique. Il exige une reconstruction des mécanismes organisationnels, une reconquête de la présence locale et un élargissement des réseaux de militants et de sympathisants, particulièrement dans les grandes wilayas où les seuils légaux sont plus élevés.

Cette réalité ne remet pas en cause le droit des partis à adopter le boycott comme position politique légitime. Toutefois, les développements actuels montrent que ce choix peut avoir des conséquences pratiques visibles lors du retour aux échéances électorales, surtout lorsque la participation dépend de procédures administratives strictes nécessitant une présence permanente sur le terrain.

Au milieu de ces constats, le Parti des Travailleurs a fait figure d’exception. Malgré son boycott des législatives de 2021 et son absence de l’Assemblée Populaire Nationale durant les cinq dernières années, le parti a réussi cette fois-ci à franchir l’obstacle des signatures dans la wilaya d’Alger, en réunissant et déposant près de 4.800 formulaires accompagnés des dossiers de candidature, un chiffre supérieur au minimum légal requis pour compléter la liste de la capitale.

Ce résultat dépasse le simple aspect administratif et traduit une conviction au sein du parti quant à la nécessité de retrouver une présence institutionnelle et de revenir à l’Assemblée Populaire Nationale, après une expérience de boycott qui n’a pas réellement renforcé sa position organisationnelle, mais l’a plutôt confronté à la nécessité de réactiver ses bases militantes et de reconstruire sa dynamique de mobilisation.

Enfin, la principale leçon tirée de cette étape semble être que tout enjeu électoral futur ne dépend plus uniquement des positions politiques ou du discours partisan, mais également de l’existence d’un réseau organisationnel capable d’assurer un travail de terrain continu. Car le respect des conditions légales commence bien avant la date du scrutin et exige une accumulation humaine et organisationnelle qui ne peut être improvisée à la dernière minute.

Dans l’attente des résultats définitifs de l’examen des dossiers, la phase de collecte des signatures apparaît déjà comme un premier indicateur du poids réel des partis politiques et un révélateur de leur capacité à passer du discours politique à l’action organisationnelle.