Nation

Modifications des matières philosophie et français : où sont les partis ?

Leur absence a contribué à ouvrir la voie à tous pour aborder le sujet de manière anarchique, en dehors des règles scientifiques et éthiques

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Dans le contexte du débat et de la polémique autour des modifications apportées aux matières de français et de philosophie dans les programmes scolaires des cycles moyen et secondaire, des observateurs ont relevé l’effacement des partis politiques de la scène et leur absence d’implication dans ce dossier, laissant le terrain aux initiatives des spécialistes ainsi qu’à des analyses dispersées, désordonnées et émotionnelles dans l’espace virtuel.

Quiconque observe la polémique suscitée entre les partisans et les détracteurs des réformes du ministère de l’Éducation, concernant la place de la langue française dans l’enseignement moyen et celle de la philosophie dans l’enseignement secondaire, constate l’absence totale des partis du débat, à l’exception du Parti des travailleurs, alors qu’ils s’empressaient auparavant de publier des communiqués et de faire des déclarations sur des affaires gouvernementales qui, parfois, ne méritaient ni prise de position, ni avis, ni commentaire.

Auparavant, les partis s’étaient impliqués dans de nombreuses questions nationales, en organisant des conférences scientifiques et politiques, en invitant des experts et des analystes pour débattre de questions plus vitales et stratégiques, et en publiant des communiqués exposant leurs positions. En revanche, ils se sont tenus à l’écart lorsqu’il s’est agi des modifications apportées aux programmes scolaires, sans présenter de propositions ni de positions favorables ou critiques à l’égard du projet de réforme du gouvernement.

Les partis de la majorité présidentielle auraient pu, selon des observateurs, s’impliquer dans le processus de réforme de l’éducation, l’accompagner sur le plan politique et la défendre, en tant que formations partisanes favorables aux projets du gouvernement, face aux voix opposées aux réformes éducatives.

De nombreux observateurs s’interrogent ainsi sur le silence des partis politiques et le fait de laisser le débat confiné à un espace essentiellement virtuel et, dans une moindre mesure, médiatique, où deux camps s’affrontent et réagissent l’un à l’autre, prisonniers d’une querelle traditionnelle issue de convictions idéologiques plutôt que de conceptions et d’approches scientifiques modernes ayant fait évoluer le domaine de l’acquisition des connaissances ainsi que les techniques d’enseignement, de formation et d’encadrement. Le débat en cours apparaît ainsi très simpliste et ne mériterait pas tout ce tapage, mais plutôt un dialogue ouvert et serein entre spécialistes.

La question de l’absence des partis a été soulevée au regard de leur capacité à maintenir le débat à un niveau politique et intellectuel, mais aussi en raison de leur représentation de nombreux courants d’opinion. Toutefois, les directions des partis ont tardé à prendre part au débat, voire l’ont peut-être délibérément ignoré, alors même qu’elles s’étaient libérées de leurs engagements liés aux élections législatives.

Ce vide partisan a contribué à ouvrir la voie à tous pour aborder le sujet de manière anarchique et en dehors des règles scientifiques et éthiques, le transformant en une sorte de querelles populistes empreintes de violence verbale et symbolique.

Les opinions sont partagées dans l’espace virtuel entre ceux qui soutiennent la décision du ministère de réduire progressivement la place de la langue française et de la remplacer par l’anglais dans le primaire, au motif qu’il s’agit de la première langue vivante utilisée dans tous les pays du monde, et ceux qui critiquent cette orientation, considérant qu’il ne faut pas renoncer au français en tant que richesse linguistique du pays. Cette divergence dégénère généralement en procès d’intention et en échanges acrimonieux entre les deux camps, malgré la simplicité de la question, notamment dans l’espace virtuel.

Le Parti des travailleurs, dirigé par sa secrétaire générale, Louisa Hanoune, s’était penché sur la question en appelant le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à reporter les réformes et à ouvrir un débat à leur sujet. Le parti a également présenté ses propositions sur la question, soulignant que la polémique actuelle autour de la réforme du secteur de l’éducation avait révélé l’existence d’un « important vivier de compétences nationales » capables de contribuer à l’élaboration d’un système éducatif répondant aux normes scientifiques, conciliant identité nationale et ouverture sur le monde, tout en appelant à tenir les réformes éducatives à l’écart des « arrière-plans idéologiques et dogmatiques ».

Le parti a également appelé à ouvrir les médias publics et privés à toutes les opinions, afin de permettre aux citoyens de prendre connaissance des différents points de vue et d’entendre les arguments scientifiques divergents, plutôt que de laisser le débat confiné aux plateformes de réseaux sociaux.

La secrétaire générale du Parti des travailleurs a présenté sa vision concernant la place de la philosophie et de la langue française, défendant l’adoption d’une « approche équilibrée » dans le traitement du dossier des langues nationales et étrangères, fondée sur « leur complémentarité plutôt que de les placer en situation de concurrence ou de conflit ».