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Assaut contre Ceuta : du chantage à Madrid à la campagne de désinformation contre l'Algérie

Parmi les principaux récits diffusés figure celui avancé par l'ancien directeur de la Police française aux frontières, dans des déclarations relayées par des médias hostiles à l'Algérie

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La crise provoquée par l'assaut de la ville occupée de Ceuta par des milliers de jeunes Marocains s'est transformée en une nouvelle plateforme de ciblage politique et médiatique de l'Algérie. Des milieux de l'extrême droite française ainsi que des plateformes proches du Makhzen ont en effet exploité cette situation pour lancer une vaste campagne de propagande diffusant des récits non étayés, selon lesquels la majorité des migrants seraient des Algériens, dans une tentative de détourner l'attention et de transférer la responsabilité de la crise de ses véritables causes et de ses objectifs stratégiques, relevant du Maroc, vers l'Algérie.

Cette situation s'inscrit dans un contexte qui met en évidence l'imbrication du dossier de la migration irrégulière avec les enjeux de pression géopolitique. Le Maroc est accusé d'utiliser la carte migratoire dans ses relations avec Madrid et l'Union européenne, en la liant à ses alliances discrètes avec des cercles de l'extrême droite française, lesquels sont intervenus dans cette affaire en intensifiant leurs campagnes médiatiques visant l'Algérie et en cherchant à l'impliquer dans une crise dont les données de terrain montrent pourtant qu'elle lui est étrangère.

Parallèlement, des milieux politiques et médiatiques jugés crédibles et neutres accusent le Maroc d'utiliser la migration comme un levier de négociation avec le gouvernement de Pedro Sánchez et d'autres pays européens, en allégeant ou en renforçant le contrôle aux frontières en fonction de la nature de ses différends politiques avec Madrid. Ce scénario s'était déjà manifesté lors de la crise de l'assaut contre Ceuta en 2021. Le dossier est revenu sur le devant de la scène à la faveur des nouvelles tensions apparues environ une semaine seulement après la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en Algérie et la signature de plusieurs accords bilatéraux, ce qui a conduit de nombreux observateurs à établir un lien entre le calendrier de cette crise et son contexte politique.

Au cœur de ces développements, des médias proches de l'extrême droite en France, rejoints par des personnalités politiques radicales, se sont emparés de la crise en relayant des allégations selon lesquelles la majorité des migrants arrivés à Ceuta seraient des Algériens, dans le but de détourner le débat des réalités constatées sur le terrain.

Parmi les principaux auteurs de ces récits figure l'ancien directeur de la Police française aux frontières, qui, dans des déclarations relayées par des médias hostiles à l'Algérie, notamment la chaîne CNews, a affirmé que la majorité des migrants étaient des Algériens, alors qu'aucune donnée officielle espagnole ou européenne ne vient confirmer ces chiffres. Cette situation soulève des interrogations quant à l'exploitation politique et médiatique de ce dossier afin de détourner l'attention vers l'Algérie.

Ces allégations apparaissent d'autant plus fragiles au regard des réalités géographiques et sécuritaires. L'extrême droite avance des chiffres faisant état de l'arrivée de 36 000 Algériens, soit 60 % de l'ensemble des migrants, tout en ignorant qu'un tel nombre ne pourrait matériellement franchir par voie terrestre la frontière algéro-marocaine, fermée et placée sous une surveillance renforcée depuis des décennies. Selon plusieurs observateurs, l'adoption par certains médias européens hostiles à l'Algérie du récit marocain vise à détourner l'attention de la crise économique et sociale que connaissent les régions du nord du Maroc et à orienter le débat vers un « ennemi extérieur », au service d'agendas politiques nourris par l'extrémisme et le mensonge.

Dans le même contexte, l'ancien responsable français Gontier établit un lien entre la composition démographique des migrants et leur qualité supposée de « francophones », en référence à l'Algérie. Il met en garde contre ce qu'il appelle une « migration secondaire » en provenance de Ceuta vers la France, dans un discours conforme aux thèses de l'extrême droite, qui cherchent à alimenter les inquiétudes sécuritaires et identitaires au sein de la société française et, plus largement, européenne.

Selon des observateurs, l'objectif ne semble pas être de vérifier la réalité de la situation à la frontière espagnole, mais plutôt d'exploiter les données relatives à la migration, y compris les statistiques de l'agence Frontex concernant les routes migratoires passant par l'Italie, les Balkans et l'Espagne, afin d'imposer le récit d'une « invasion organisée » des frontières européennes. Cette narration fournit aux partis d'extrême droite un argument pour réclamer un renforcement des contrôles aux frontières ainsi que l'abandon des politiques de régularisation des migrants et du droit d'asile.

Ce discours gagne en intensité au moment où le gouvernement italien poursuit ses critiques de la politique du gouvernement espagnol en matière de gestion de la migration. Dans le même temps, les données de Frontex montrent que l'Italie est demeurée la principale destination des migrants en situation irrégulière vers l'Europe entre 2021 et 2026, avec une avance significative sur l'Espagne. Les chiffres font état d'environ 478 600 entrées par l'Italie, contre 340 600 par la route des Balkans occidentaux, 259 800 par la Grèce et 234 760 par l'Espagne. Ces données replacent ainsi dans leur véritable contexte le discours de l'extrême droite qui présente l'Espagne comme la principale porte d'entrée de la migration irrégulière en Europe, un discours qui nécessite, selon cette lecture, une analyse plus équilibrée fondée sur les faits.

Parallèlement, une initiative américaine notable a émergé à travers la publication de prises de position et de déclarations soutenant le Maroc au sujet de Ceuta et Melilla, au moment même où des démarches étaient entreprises au sein du Congrès américain pour remettre sur la table la question de la prétendue souveraineté marocaine sur les deux villes. Des observateurs y voient un signe de l'internationalisation croissante de ce dossier et de son inscription dans des calculs stratégiques dépassant le seul différend entre le Maroc et l'Espagne.

Imbrication des dimensions sécuritaires, politiques et stratégiques

Certaines analyses estiment que l'intérêt manifesté par les États-Unis pour ce dossier répond, en premier lieu, à une volonté de régler des comptes avec le gouvernement de Pedro Sánchez et, d'autre part, à l'importance géostratégique unique du détroit de Gibraltar, l'un des principaux passages maritimes du monde. Selon ces analyses, toute évolution des rapports d'influence sur la rive sud du détroit pourrait offrir aux États-Unis une marge de manœuvre plus importante dans la gestion de leurs intérêts sécuritaires et militaires en Méditerranée occidentale, dans un contexte de concurrence internationale croissante autour des voies maritimes stratégiques.

Ainsi, selon cette lecture, la crise de Ceuta dépasse largement le cadre d'une simple vague de migration irrégulière. Elle met en jeu des mécanismes de pression politique, des campagnes médiatiques, les agendas de l'extrême droite ainsi que les calculs diplomatiques marocains, élaborés avec le soutien de ses alliés à Tel-Aviv et à Washington, sans oublier les considérations géopolitiques liées à la position stratégique des deux villes. Certaines analyses vont même jusqu'à mettre en garde contre une tentative future de contrôle des voies d'approvisionnement énergétique entre les deux rives de la Méditerranée, faisant de cette crise l'une des plus complexes de la région en raison de l'imbrication de ses dimensions sécuritaires, politiques et stratégiques.