Le changement de nom d’une salle de cinéma dédiée au réalisateur René Vautier dans la ville d’Elne, dans les Pyrénées-Orientales, a suscité un vaste mouvement de solidarité dans le milieu du cinéma français. Plus d’une centaine de salles à travers le pays ont symboliquement adopté, pour une journée, le nom de « René-Vautier ».
L’initiative fait suite à la décision du maire d'Elne Steve Fortel, de débaptiser le cinéma municipal, qui portait depuis son inauguration en 2005 le nom du réalisateur disparu, pour lui donner celui de « La Bobine illibérienne », en référence aux habitants de la commune.
Steve Fortel, qui n’appartient officiellement à aucun parti politique, est classé à l’extrême droite par la préfecture des Pyrénées-Orientales.
Cette décision a suscité de nombreuses critiques de la part d’organisations et de syndicats professionnels du secteur cinématographique, notamment en raison du parcours de René Vautier (1928-2015), connu pour ses films et ses prises de position contre le colonialisme et l’exploitation, ainsi que pour son engagement politique pendant la guerre d’Algérie.
Le maire d’Elne a justifié sa décision par sa volonté de « ne pas politiser la culture ». Une quinzaine d’associations et de syndicats du secteur du cinéma ont toutefois répondu à cet argument en lançant une initiative nationale de solidarité avec le cinéma d'Elne.
Dans un communiqué commun, ces organisations ont affirmé que « la culture est un choix politique », appelant les salles de cinéma de toute la France à afficher pendant une journée le nom de René Vautier, afin de soutenir la salle d’Elne et de dénoncer le retrait du nom du réalisateur de sa façade.
Parmi les organisations ayant participé à l’initiative figurent la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF), l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid) et l’Association française des cinémas d’art et d’essai (AFCAE).
À Douarnenez, dans le Finistère, la façade du cinéma Le Club est devenue l’un des symboles les plus visibles de cette mobilisation. Des feuilles blanches portant le nom « Cinéma René-Vautier » y ont été apposées, dans une démarche symbolique relayée par les médias locaux.
Cette mobilisation est intervenue au moment de la réouverture du cinéma d’Elne, le 2 octobre, après le transfert de sa gestion à la municipalité et plusieurs changements dans son fonctionnement.
La collaboration avec l’association historique qui gérait la salle, Cinémaginaire, a pris fin et a été remplacée par un prestataire de services. Le changement de nom constitue l’une des principales modifications apportées à l’établissement.
Le nom de René Vautier figurait sur la façade du cinéma depuis son ouverture en 2005, avant d’être retiré sur décision du maire.
Lors d’une réunion du conseil municipal, le 22 septembre dernier, Steve Fortel a déclaré que s’il devait à l’avenir retirer les noms de rues, de lieux ou de personnes ayant soutenu le Front de libération nationale (FLN), il le ferait, faisant ainsi directement référence à sa position concernant les symboles liés à la Révolution algérienne.
Dans leur communiqué, les organisations et syndicats du cinéma ont estimé que le changement de nom revêtait une forte portée symbolique. Selon eux, il ne s’agit pas seulement de modifier le nom d’un établissement culturel, mais également de toucher à l’image de René Vautier et à son héritage cinématographique et politique.
Les organisations estiment que cette décision traduit, selon leurs termes, une volonté d’effacer le travail et les combats de Vautier, ainsi que son influence sur l’identité même de la salle de cinéma.
L’appel a été suivi par des salles situées dans différentes régions de France. David Obadia, délégué général de l’Association française des cinémas d’art et d’essai, a indiqué que les salles « répondent de partout, de l’Île-de-France à Marseille ».
À la fin de la journée du 2 octobre, près d’une centaine de salles avaient répondu à l’appel. Le nombre exact reste toutefois difficile à établir, toutes les salles ne signalant pas leur participation aux organisateurs. Par ailleurs, les établissements gérés par les municipalités doivent parfois obtenir l’autorisation des autorités locales.
Le changement de nom d’un seul cinéma dans une petite commune française s’est ainsi transformé en une question plus large autour de la mémoire de la guerre d’Algérie et de la place, dans l’espace culturel français, des figures associées à l’histoire du colonialisme et à sa contestation.
Même si l’initiative n’a, dans la plupart des cas, duré qu’une journée, les dizaines de façades de cinémas ayant affiché le nom de René Vautier ont contribué à remettre en lumière le parcours d’un réalisateur qui a fait du cinéma, pendant plusieurs décennies, un moyen d’interroger le colonialisme, la guerre et la mémoire politique.
René Vautier compte parmi les réalisateurs français qui ont fait du cinéma un moyen de documenter les questions liées au colonialisme, aux guerres et aux luttes politiques. Au cours de sa carrière, il a abordé dans ses œuvres le colonialisme, le capitalisme et la guerre d’Algérie.
Parmi ses films les plus connus figure « Avoir vingt ans dans les Aurès », consacré à l’expérience d’un groupe de soldats français pendant la guerre d’Algérie.
Le nom de Vautier est également associé à son soutien au Front de libération nationale, un aspect de son parcours qui semble avoir joué un rôle important dans la décision du maire d’Elne.
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