Société

Des enfants confrontés à la douleur de la perte à l’heure de la rentrée scolaire

Les incendies de Jijel assombrissent la rentrée sociale

  • 8
  • 4:42 Min

Nombreux sont les élèves issus des régions touchées par les incendies dans la wilaya de Jijel qui s’apprêtent à retrouver les bancs de l’école pour une nouvelle année scolaire, dans une atmosphère que le destin a voulu exceptionnelle et inhabituelle pour eux et leurs familles. Ces enfants, qui ont échappé de leurs frêles corps aux flammes dévorantes, ont vécu des moments de terreur qui resteront à jamais gravés dans leurs esprits.

Amine, Adam, Khaoula, Abdelouadoud et d’autres enfants passaient leurs vacances d’été dans la simplicité, le repos et les jeux au milieu de la nature, à l’instar de leurs camarades des zones rurales. Ils se préparaient à profiter des derniers jours des vacances en prévision de la nouvelle rentrée scolaire. Mais ces vacances ne sont pas arrivées à leur terme pour eux. Les incendies qui ont ravagé la wilaya de Jijel les 26 et 27 août dernier ont bouleversé le cours de leur vie et brisé une part de leur innocence. Ils se sont retrouvés confrontés à des conditions difficiles, au milieu d’une noirceur sans fin.

Des enfants ayant perdu des membres de leurs familles et d’autres ayant vécu la tragédie de près

Les données indiquent que des centaines d’élèves issus des différents cycles d’enseignement, ayant survécu à cette « fournaise » dans les différentes zones sinistrées de la wilaya, s’apprêtent à rejoindre les bancs de l’école, avec les séquelles laissées par les incendies et les scènes tragiques dont ils ont été les témoins directs.

Dans les mechtas de la commune de Djemaa Beni Habibi, ainsi que dans les communes de Bordj Taher, El Ancer, Bouraoui Belhadef, Chehna, Ouled Asker, Texenna et d’autres régions, des habitants rapportent que plusieurs enfants en âge d’être scolarisés ont péri dans les incendies.

De nombreux élèves ont également perdu des membres de leurs familles, qu’il s’agisse de parents, de frères et sœurs, de grands-parents, d’oncles et de tantes paternels ou maternels. C’est notamment le cas d’une fillette du village d’Ouled Fateh qui a perdu huit membres de sa famille. Il s’agit de sa mère, de ses trois frères, ainsi que de ses deux oncles et de ses deux tantes. Elle a échappé à la mort après s’être réfugiée à l’intérieur d’un canal en béton destiné à l’évacuation des eaux pluviales pour se protéger des flammes. Un enfant de la commune de Bordj Taher a, quant à lui, perdu sa mère et deux de ses frères.

De nombreux enfants, ajoutent-ils, ont également vécu de près ce qui leur est arrivé, ainsi qu’à leurs familles et leurs voisins, face aux scènes terrifiantes laissées par les incendies qui ont tout ravagé sur leur passage. Des images de proches victimes tombés sous leurs yeux et de leurs maisons entièrement consumées par les flammes se sont ainsi gravées dans leurs esprits.

« Je n’oublierai jamais ces moments de toute ma vie… Dieu merci, j’ai survécu, ainsi que tous les membres de ma famille. Mais tout a brûlé à l’intérieur de la maison… Avant le déclenchement des incendies, j’avais déjà préparé certaines fournitures scolaires, notamment des vêtements et du matériel, mais tout a été réduit en cendres. Je n’ai conservé que les vêtements que je portais », raconte Lokmane, 12 ans, qui s’apprête à entrer en deuxième année moyenne.

L’élan de solidarité a contribué à atténuer la douleur

De son côté, Ahmed, père d’un élève ayant survécu aux incendies dans la région de Tisbilane, dans la commune de Djemaa Beni Habibi, estime que son fils, scolarisé dans le cycle primaire, reste encore sous le choc après avoir vécu des moments de terreur à l’arrivée des flammes et perdu l’un de ses camarades.

« Nous avons dû nous installer dans une autre maison en attendant la reconstruction du logement qui a brûlé. En prévision de la rentrée scolaire, je lui ai fourni toutes les fournitures nécessaires, après avoir bénéficié de l’aide de bienfaiteurs. De temps à autre, je l’accompagne à son école afin de le préparer psychologiquement et de l’aider à retrouver le rythme scolaire », explique-t-il.

L’intervenant considère que le grand élan de solidarité dont a bénéficié la région a contribué à atténuer les souffrances des familles sinistrées, même si, selon lui, la blessure causée par la perte de proches et de voisins reste profonde.

Dans ce cadre, les opérations de distribution de fournitures scolaires aux sinistrés se poursuivent dans les différentes zones touchées par les incendies, à travers les caravanes de solidarité. Le président du bureau de wilaya de l’Association algérienne de secours humanitaire a indiqué que l’association avait commencé à distribuer 1 000 cartables aux élèves issus des familles sinistrées, offerts par des jeunes et des commerçants de la région d’Akbou, dans la wilaya de Béjaïa.

De son côté, la Direction de l’action sociale a indiqué avoir préparé plus de 6 500 cartables scolaires et les avoir remis aux services du secteur de l’éducation afin qu’ils soient distribués aux élèves sinistrés. Parallèlement, un programme comprenant des séances de soutien psychologique a été lancé au profit de cette catégorie d’élèves. Ces séances sont assurées par des spécialistes de la cellule de proximité de solidarité de la wilaya ainsi que par des cellules de différentes wilayas, dans le but d’atténuer les traumatismes dont souffrent ces élèves et de les aider à retrouver stabilité et sérénité.

Les services de la Direction de l’éducation ont, pour leur part, confirmé que les travaux de réparation et de réhabilitation des établissements scolaires endommagés étaient achevés. Au nombre de 27, ces établissements comprennent 24 écoles primaires et trois collèges, qui ont également été décorés de dessins et de tableaux artistiques dans le cadre d’une initiative lancée par la Direction de la culture.