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Mahmoud Hamra-Krouha: l’Algérien qui a contribué à bâtir le pétrole des Émirats

L’histoire d’un homme parti des hauteurs de Skikda, de la commune d’Ouled Attia, emportant avec lui un esprit profondément algérien et une volonté forgée par la Révolution, pour poser les premières bases de l’une des plus grandes compagnies pétrolières au monde

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Il existe, dans l’histoire de l’Algérie indépendante, des récits qui ne sont ni enseignés dans les universités, ni racontés dans les documentaires, ni conservés par les journaux télévisés. Pourtant, ils résument à eux seuls une partie de ce que fut l’Algérie réelle : un pays sorti d’une guerre d’extermination coloniale française, profondément meurtri, mais qui n’a jamais hésité à partager son savoir-faire et ses hommes avec ses voisins dans la construction de leurs États modernes.

Parmi ces histoires, celle d’un homme parti des hauteurs de Skikda, de la commune d’Ouled Attia, portant avec lui un esprit algérien forgé par la Révolution, pour contribuer aux premières fondations de l’une des plus grandes compagnies pétrolières au monde : Abu Dhabi National Oil Company, connue sous le nom d’ADNOC.

Il s’appelait Mahmoud Hamra Krouha. Son nom n’apparaît ni dans les manuels scolaires ni dans la mémoire médiatique arabe, alors que son empreinte demeure encore visible dans les millions de barils produits quotidiennement par ADNOC.

À la fin des années 1960, les Émirats arabes unis se préparaient à sortir du protectorat britannique et à construire leur État moderne sous la direction du cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane. Ce dernier avait compris que le pétrole seul ne suffisait pas à garantir la souveraineté, et que la richesse sans compétences nationales restait dépendante de l’étranger. Il se tourna alors vers une expérience arabe jugée réussie : celle de l’Algérie indépendante, dirigée par le président Houari Boumédiène.

En 1969, Alger accepte d’envoyer une équipe d’experts issus de Sonatrach vers Abou Dhabi. Parmi eux, Mahmoud Hamra Krouha, alors âgé de 31 ans, l’un des cadres les plus prometteurs de l’entreprise nationale algérienne.

Sur place, il participe à la mise en place des premières structures administratives et techniques, à l’organisation du secteur pétrolier, aux négociations avec les compagnies étrangères, et à la formation des compétences locales. Ce travail contribue à l’émergence, en 1971, de ce qui deviendra Abu Dhabi National Oil Company.

La société grandira pour devenir un acteur majeur de l’énergie mondiale, produisant des millions de barils par jour. Mais celui qui a participé à sa fondation est resté loin des projecteurs, comme si l’histoire oubliait souvent ceux qui la construisent.

Au-delà de ce destin individuel, ce récit soulève une autre lecture : celle d’une Algérie qui a longtemps exporté ses compétences et ses cadres pour accompagner d’autres nations, tout en découvrant parfois, des décennies plus tard, des relations internationales marquées par des logiques différentes.

Cette histoire, enfin, dépasse le simple témoignage biographique : elle rappelle une époque où l’Algérie, fraîchement indépendante, considérait la coopération et le partage des compétences comme un prolongement naturel de sa propre lutte pour la souveraineté.