Nation

Union des avocats : une crise qui s’aggrave

Les répercussions de l’échec de l’élection du président de l’Union nationale des Ordres des avocats.

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Un sentiment de frustration et d’incompréhension règne parmi les avocats après l’annulation, pour la deuxième fois en peu de temps, de l’élection à la présidence de l’Union nationale des ordres des avocats par le Conseil d’État. Les motifs invoqués concernent des irrégularités majeures dans le processus de vote, la question de la transparence et la volonté de certains responsables de se maintenir à leurs postes.

Alors que certains y voient le signe d’une crise profonde au sein de la profession, d’autres considèrent cette situation comme un phénomène normal dans le cadre de la compétition pour la direction de l’une des plus importantes organisations professionnelles du pays. Pour eux, l’annulation des élections par la justice administrative est plutôt la preuve de l’absence de toute forme d’hégémonie.

La majorité des avocats plaide toutefois pour des réformes profondes, notamment en matière d’alternance dans les responsabilités syndicales et professionnelles, ainsi que pour l’abandon de pratiques jugées contraires à l’éthique et à la légalité.

Pour de nombreux observateurs, l’échec de l’élection n’est que la partie visible de l’iceberg, tandis que les véritables difficultés concernent les organisations régionales qui constituent la base même de l’Union.

Les membres de l’Union, composés des bâtonniers des 25 organisations régionales d’avocats, ont échoué à élire un président à deux reprises en l’espace d’une année. À chaque fois, le scrutin a été annulé à la suite de recours introduits devant la justice administrative.

Lors du scrutin d’avril de l’année dernière, qui avait abouti à la réélection d’Ibrahim Taïri, plusieurs bâtonniers avaient contesté la transparence du processus et son organisation avant même l’achèvement des élections des conseils régionaux. Ces irrégularités avaient conduit la justice administrative à annuler l’élection après un recours introduit par le bâtonnier de Béjaïa.

Un an plus tard, en avril dernier, une nouvelle élection a porté Abdelhafid Benfatah, bâtonnier de la région d’Oum El Bouaghi, à la présidence de l’Union. Mais le candidat battu, le bâtonnier de Blida, a contesté les résultats, dénonçant des irrégularités dans le décompte des voix et l’attribution d’un tour supplémentaire. La justice lui a finalement donné raison en annulant le scrutin la semaine dernière.

Selon l’avocat et militant des droits humains Ammar Khebaba, cette situation révèle l’ampleur de la crise interne qui touche non seulement l’Union, mais aussi la profession d’avocat dans son évolution actuelle.

Il s’est interrogé sur l’incapacité de vingt-cinq bâtonniers à élire un président dans un climat qui aurait dû être marqué par le calme et la défense des intérêts de la profession, loin des calculs étroits et des logiques de confrontation.

Dans une analyse publiée sur Facebook, Khebaba estime que cette situation suscite également l’inquiétude de la nouvelle génération d’avocats. Selon lui, les jeunes praticiens peinent à comprendre l’intensité des rivalités au sein des organisations régionales et la compétition acharnée pour les postes de responsabilité, au point de donner l’impression que certains dirigeants sont destinés à rester en fonction jusqu’à ce que l’âge ou la loi les en empêchent.

Bien que la limitation des mandats de bâtonnier ait été instaurée pour atténuer ces phénomènes, Khebaba estime qu’il est désormais nécessaire d’étendre ce principe aux membres des conseils afin de favoriser le renouvellement des élites professionnelles.

Plus préoccupant encore, ces rivalités ne relèvent plus seulement de divergences professionnelles ou d’une compétition électorale normale. Elles se sont parfois transformées en une véritable polarisation entre différents « centres de pouvoir » au sein de la profession.

Pour l’avocat, cette situation est paradoxale chez une catégorie professionnelle censée être la plus attachée au dialogue, au respect de la loi et au fonctionnement des institutions. Il y voit une crise de confiance, une crise de gouvernance et peut-être même une crise de vision concernant l’avenir de la profession.