Actualité

L’UE tire la sonnette d’alarme face à la montée de l’islamophobie

Lors d’une réunion de coordination tenue à Bruxelles.

  • 16
  • 3:52 Min

Par Abdelhakim Guemmaz

La capitale belge Bruxelles a accueilli une réunion de coordination consacrée à la lutte contre la haine et le racisme envers les musulmans, avec la participation de représentants de 28 pays, de quatre organisations internationales, des institutions de l’Union européenne ainsi que de nombreux acteurs de la société civile.

Cette réunion annuelle, organisée par Commission européenne les 18 et 19 mai, s’est tenue sous le thème du renforcement du rôle des jeunes et de la lutte contre les défis liés à l’espace numérique, dans un contexte marqué par la montée des discours haineux et des incitations contre les musulmans en Europe, notamment sur les plateformes en ligne.

La séance d’ouverture a été marquée par les interventions de l’eurodéputé Lukas Sieper et du président du Réseau européen des organismes pour l’égalité “Equinet”, Patrick Charlier, qui ont insisté sur la nécessité de renforcer la coordination européenne afin de lutter contre l’islamophobie et de préserver les valeurs de coexistence et d’égalité au sein des sociétés européennes.

La Commission européenne a indiqué que les rapports et études publiés aux niveaux européen et national montrent le maintien de niveaux élevés de haine et d’hostilité envers les musulmans, avec des répercussions directes sur leur vie quotidienne, notamment en matière de sécurité personnelle, d’accès à l’emploi, à l’éducation et aux services essentiels.

Elle a également souligné que les femmes musulmanes figurent parmi les catégories les plus touchées par ces pratiques, qu’il s’agisse de discriminations ou d’agressions verbales et physiques.

Le rapport intitulé “Être musulman dans l’Union européenne”, publié en 2024 par Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, fait état d’une hausse des discriminations visant les musulmans dans plusieurs domaines, dont le marché du travail, le logement, l’éducation et les services de santé, ainsi que des crimes de haine et des actes de harcèlement liés à l’identité religieuse.

Les répercussions du 7 octobre

La Commission européenne a indiqué que la situation s’est aggravée après les événements du 7 octobre 2023, plusieurs pays européens ayant enregistré une hausse des menaces et des agressions contre les musulmans et les communautés d’origine musulmane, aussi bien dans l’espace public que sur Internet.

Dans ce contexte, les institutions européennes ont renouvelé leur appel à renforcer les mécanismes de surveillance et de signalement des crimes de haine, tout en assurant une meilleure protection des victimes et en intensifiant les programmes de sensibilisation et d’éducation aux valeurs du pluralisme et de la tolérance.

Un coordinateur européen contre la haine envers les musulmans

L’Union européenne a créé en 2015 le poste de “coordinateur européen de la lutte contre la haine envers les musulmans”, afin de garantir une réponse globale à ce phénomène dans les domaines de l’éducation, de l’inclusion sociale, de l’emploi et de la lutte contre les discriminations.

Depuis février 2023, cette mission est assurée par la Française Marion Lalisse, principale représentante de la Commission européenne auprès des organisations engagées contre le racisme et l’islamophobie.

Des lois européennes et un encadrement renforcé des plateformes numériques

L’Union européenne s’appuie sur un arsenal juridique comprenant la criminalisation de l’incitation à la haine et à la violence fondées sur la religion ou l’origine ethnique, ainsi que des directives visant à protéger les victimes de crimes racistes et à lutter contre les discriminations.

Le “Digital Services Act” européen impose également aux plateformes numériques de prendre des mesures strictes pour supprimer les contenus illégaux, y compris les discours haineux visant les musulmans, sous peine de sanctions en cas de manquement.

Dans le cadre des efforts numériques, la Commission européenne poursuit depuis 2016 sa coopération avec les réseaux sociaux à travers le “Code de conduite européen contre les discours haineux illégaux en ligne”, qui oblige les entreprises à examiner les signalements de contenus haineux dans un délai inférieur à 24 heures.

Coopération internationale et initiatives de terrain

Ces dernières années, plusieurs réunions et ateliers européens et internationaux ont été organisés pour débattre des meilleures méthodes de lutte contre l’islamophobie, notamment à Strasbourg, La Haye et Bruxelles, avec la participation de pays européens et de partenaires internationaux comme le Canada et la Nouvelle-Zélande.

Des programmes de formation destinés aux forces de police, aux magistrats et aux institutions éducatives ont également été lancés, en parallèle d’initiatives menées par des organisations de la société civile pour sensibiliser aux crimes de haine contre les musulmans et aux moyens de les combattre.

Selon plusieurs responsables européens, la lutte contre la haine visant les musulmans ne relève plus seulement de la protection des minorités, mais constitue désormais un défi majeur pour les valeurs démocratiques et le vivre-ensemble en Europe, face à la montée des discours extrémistes et de la polarisation sur les espaces numériques.