Nation

Disparition imminente d’une composante politique

Le dépôt des listes de candidatures pour les législatives du 2 juillet révèle une nouvelle réalité politique.

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Les chiffres publiés par l’Autorité nationale indépendante des élections concernant les candidatures des partis politiques et des listes indépendantes révèlent une forte baisse du nombre de candidats indépendants, souvent présentés comme issus de la société civile, à travers le dépôt des dossiers et leur participation aux prochaines législatives. Cette évolution bouleverse l’une des équations politiques apparues après le Hirak populaire et l’arrivée au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune, fondée sur l’ouverture de la scène politique aux figures de la société civile et leur encouragement à participer aux élections.

Cette orientation avait conduit à la formation d’un important bloc d’indépendants au sein de l’Assemblée Populaire Nationale, allant jusqu’à porter l’un de leurs députés à la présidence de l’institution législative.

Selon les chiffres, l’Autorité n’a enregistré cette fois-ci que 138 listes indépendantes, contre 1.244 lors des précédentes élections, soit une baisse de 1.106 listes. Une telle évolution constitue un changement remarquable dans la nature de la compétition électorale et pourrait modifier profondément l’équilibre politique actuel, voire conduire à la disparition du bloc des indépendants et ouvrir la voie à une nouvelle lecture du paysage parlementaire et politique.

Le recul des candidatures indépendantes, après l’engouement observé lors des précédentes élections, pourrait également entraîner un effacement progressif du concept de “société civile” du débat politique, tel qu’il s’est imposé durant l’actuelle mandature. Les partis politiques avaient d’ailleurs commencé à percevoir cette dynamique comme une alternative à leur propre rôle, exprimant à plusieurs reprises leurs inquiétudes face à ce qu’ils considéraient comme un “acteur encombrant”.

Le paysage parlementaire et le discours politique se sont ainsi largement structurés autour de la composante de la société civile. Plusieurs institutions ont été créées et constitutionnalisées dans cette logique, notamment l’Observatoire national de la société civile et le Conseil supérieur de la jeunesse, tandis que certaines pratiques politiques ont consacré la priorité accordée au civil sur le partisan.

L’émergence de la société civile ne s’est pas faite par hasard. Elle a constitué l’un des prolongements du Hirak populaire, qui s’en était pris aux anciens partis majoritaires, tout comme elle a accompagné l’arrivée au pouvoir du président Tebboune en dehors des structures partisanes traditionnelles.

Cependant, selon plusieurs observateurs, l’expérience a montré certaines limites, notamment dans l’activité parlementaire, la capacité de mobilisation populaire, ainsi que dans les possibilités d’élargissement et d’expansion du mouvement des indépendants. Malgré l’affaiblissement des partis traditionnels, ceux-ci ont conservé leur présence et leur influence au sein du siège parlementaire de Zighoud-Youcef.

La disparition totale des indépendants, dans le cas où aucune des 138 listes candidates ne remporterait de sièges, pourrait entraîner le retour d’une personnalité partisane à la présidence de l’Assemblée. Une telle perspective pourrait raviver la compétition entre partis politiques autour de ce poste stratégique, longtemps occupé par le Front de Libération Nationale, auquel il confère une forte portée symbolique et un important prestige politique, puisqu’il constitue le troisième poste dans la hiérarchie des hautes fonctions de l’État, après le président de la République et le président du Conseil de la Nation.