Culture

Décès du dernier héros de la « bataille des Kabyles » à Annaba

Une poignée de moudjahidine avait affronté 20 mille soldats français.

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Le moudjahid Saïd Sekhriou s’est éteint aujourd’hui à l’âge de 88 ans, rejoignant ses compagnons martyrs du bataillon « Hidouche », tombés lors de la bataille de Sidi Salem, près de la ville d’Annaba, le 24 juin 1959, après un affrontement contre 20.000 soldats français appuyés par des avions, de l’artillerie et des chars.

Cette bataille est restée gravée dans la mémoire des habitants d’Annaba. Un monument commémoratif portant les noms des martyrs de la « Bataille des Kabyles » y a été érigé, en référence à ce convoi composé de combattants venus de la troisième wilaya historique pour transporter des armes à travers la frontière et la ligne Morice électrifiée. L’ancien président Chadli Bendjedid avait consacré un passage à cette bataille dans ses mémoires, affirmant qu’il était réservé quant à la décision de faire traverser le bataillon, en raison du danger que représentait le franchissement des barbelés électrifiés, qui avaient déjà coûté la vie à des milliers de chouhada. Khaled Nezzar avait également évoqué cette bataille dans ses écrits.

Dans son témoignage, le moudjahid Saïd Sekhriou, originaire du village de Taourirt ouabla  dans la région des ait ar'zine à Béjaïa, a raconté les circonstances de son engagement dans les rangs de la Révolution ainsi que la décision prise par le commandement de la wilaya III d’envoyer des combattants en Tunisie afin de ramener des armes. Le convoi avait mis 37 jours pour atteindre la Tunisie.

Le convoi tenta à plusieurs reprises de franchir la ligne Morice sur ordre de Krim Belkacem et Mohammedi Saïd, mais dut reculer après avoir été encerclé par l’armée française. Les combattants poursuivirent alors leur entraînement dans la base d’El Kef. Le 23 juin 1959, ils renouvelèrent la tentative avec un bataillon composé d’environ 57 moudjahidine, transportant deux armes chacun, entre 300 et 400 cartouches, des provisions alimentaires ainsi qu’un appareil radio porté à tour de rôle par quatre combattants.

Le bataillon était commandé par le sous-lieutenant Ahmed Aman Zaghouane, dit « Hidouche », assisté de Larbi Ifigha et Arezki Taslent.

Il fut décidé de traverser la ligne Morice par le nord, depuis la zone du "Bec du Canard" près de la mer, au lieu du sud. La première épreuve du convoi fut la traversée de l’oued Medjerda à l’aide de petites embarcations. Mais au lever du jour, les combattants furent contraints de rebrousser chemin de peur d’être repérés par l’armée française sur la rive opposée.

Trente-sept moudjahidine se portèrent ensuite volontaires pour traverser à nouveau le fleuve après avoir abandonné les armes lourdes, ne conservant que des armes légères. Ils réussirent à franchir les barbelés électrifiés sous un pont situé à seulement 50 mètres d’un poste de surveillance équipé d’un projecteur. Ils poursuivirent ensuite leur route vers la région de l’oued Seybouse avant de s’arrêter dans un champ de blé à proximité de l’aéroport d’Annaba, où ils restèrent bloqués après la disparition du guide chargé de les faire sortir de la zone.

Le matin du 24 juin, un agriculteur arriva avec une moissonneuse. Lorsqu’il aperçut les combattants, il prétexta une panne de sa machine avant de quitter les lieux.

Les premiers coups de feu furent tirés à six heures du matin. S’ensuivirent des bombardements intensifs à l’aide de bombes, d’artillerie, d’avions, ainsi que de gaz et de napalm afin de forcer les moudjahidine à se rendre. Mais les membres du bataillon résistèrent farouchement aux tentatives d’assaut menées par l’armée française forte de 20.000 soldats.

Saïd Sekhriou fut grièvement blessé par un obus au ventre et à la poitrine, perdant connaissance avant de se réveiller à l’hôpital d’Annaba, puis d’être transféré en prison. Après sa guérison, il fut conduit auprès des services de gendarmerie à Sétif pour interrogatoire, avant d’être incarcéré à la prison de Ksar Ettir jusqu’à sa libération en février 1962.

La majorité des membres du bataillon sont tombés au combat, à l’exception de cinq blessés, parmi lesquels Ighil Ali Boujemaa et Larbi Ali. Le moudjahid Deradji, originaire de Bordj Bou Arreridj, a quant à lui survécu miraculeusement à la bataille après avoir été enterré sous terre par un conducteur de tracteur qui labourait les champs, avant de réussir à rejoindre la wilaya III.

La bataille a provoqué une grande panique parmi les habitants d’Annaba ainsi qu’au sein des médias étrangers, d’autant plus qu’elle s’est déroulée sous les yeux de 24 diplomates étrangers présents à bord d’un avion à l’aéroport d’Annaba. C’est ce qu’a rapporté le journaliste français Claude Paillat dans son ouvrage intitulé « Dossiers secrets sur la guerre d’Algérie », précisant que des radios avaient évoqué une attaque contre la ville d’Annaba et confirmé la chute de trois avions lors des affrontements avec les moudjahidine.