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L’Algérie, une carte importante pour relancer le dialogue au Mali

Après le rapprochement avec le gouvernement de Bamako et la libération de 82 militaires par l’opposition armée.

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L’armée malienne a annoncé la libération de 82 militaires qui étaient détenus par l’opposition armée depuis les attaques survenues dans le pays le 25 avril 2026. Une évolution qui soulève des interrogations sur un éventuel retour des parties en conflit vers une voie politique et pacifique pour résoudre la crise sécuritaire, ainsi que sur la possibilité de relancer l’Accord pour la paix et la réconciliation signé en 2015.

Le Front de libération de l’Azawad a également confirmé la libération des détenus. Son porte-parole, Mohamed El Maouloud Ramadane, a indiqué que près de 80 soldats avaient été libérés pour des raisons humanitaires. Toutefois, une telle opération suppose l’existence d’un minimum de canaux de communication, d’intermédiaires ou d’arrangements permettant de négocier le sort des détenus. C’est là que réside son importance politique : elle ouvre une fenêtre, certes limitée, susceptible de contribuer à reconstruire la confiance entre les deux parties, une confiance qui fait défaut depuis l’effondrement du processus de dialogue.

À ce stade, l’Algérie apparaît comme le pays historiquement le plus étroitement lié au dossier du règlement de la crise malienne. L’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger en 2015, ne constituait pas un simple accord bilatéral entre le gouvernement malien et les mouvements armés. Il était le résultat d’un processus de négociation conduit par l’Algérie, avec la participation de plusieurs acteurs maliens, régionaux et internationaux.

L’objectif était de traiter les causes profondes de la crise dans le nord du Mali à travers des dispositions politiques, sécuritaires, économiques et sociales. Toute réflexion sur la relance d’un nouveau processus politique se heurtera donc, tôt ou tard, à la question de la référence sur laquelle il pourrait s’appuyer : faut-il dépasser définitivement l’accord de 2015 pour bâtir un nouveau cadre, ou s’inspirer de ses principes fondamentaux dans un nouvel accord tenant compte des évolutions intervenues au Mali depuis sa signature ?

Ces développements interviennent alors que les relations entre l’Algérie et le gouvernement central de Bamako connaissent un processus de normalisation. Après une longue période de tensions, les dernières semaines ont été marquées par des signes de désescalade. Le différend avait atteint son paroxysme après l’incident lié à l’abattage d’un drone malien dans l’espace aérien algérien en avril 2025, suivi d’un échange d’accusations et du rappel des ambassadeurs pour consultations.

Le 10 juillet 2026, les deux pays ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs respectifs à Alger et à Bamako, une étape considérée comme le signe du début d’une normalisation progressive des relations.

La déclaration du Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, est ensuite venue donner une dimension politique plus claire à ce rapprochement. Il a affirmé qu’il n’existait aucune rupture diplomatique entre le Mali et l’Algérie, qualifiant les relations entre les deux pays d’historiques et stratégiques, avant de s’entretenir par téléphone avec le Premier ministre Sifi Ghrieb afin d’évoquer la coopération bilatérale.

Ces déclarations ne peuvent être dissociées des intérêts géopolitiques et sécuritaires communs aux deux pays. L’Algérie et le Mali partagent plus de 1 300 kilomètres de frontières, et toute dégradation sécuritaire dans le nord du Mali a des répercussions directes sur la sécurité algérienne. L’instabilité dans la région du Sahel affecte également les mouvements des groupes armés, la criminalité organisée, les flux migratoires et les réseaux de contrebande.

De son côté, le Mali a besoin de relations stables avec un voisin de l’importance de l’Algérie, non seulement pour des raisons géographiques, mais aussi en raison du poids politique, sécuritaire et diplomatique d’Alger dans la région du Sahel et de son expérience dans l’accompagnement de la stabilité des pays voisins.

Le rapprochement algéro-malien intervient alors que Bamako fait face à des défis sécuritaires, économiques et politiques croissants. Les attaques visant des sites à l’intérieur du pays, dont les répercussions ont atteint la capitale Bamako, ainsi que l’intensification des activités des groupes armés dans le nord, ont remis en lumière les limites d’une approche exclusivement sécuritaire et militaire pour contenir la crise.

Dans ce contexte, le réchauffement des relations avec l’Algérie peut être interprété comme une partie de la réorganisation des calculs régionaux de Bamako, et non nécessairement comme un recul par rapport à ses choix précédents ou à la construction de nouvelles alliances. Les autorités maliennes semblent avoir compris que la diversification des partenariats extérieurs n’élimine pas la nécessité de maintenir des relations stables avec le voisinage immédiat, et que la gestion du dossier sécuritaire dans le nord du pays, sans la coopération des États voisins et notamment de l’Algérie, demeure extrêmement difficile.

De son côté, l’Algérie a maintenu, malgré les tensions, un discours politique laissant la porte ouverte à un retour au dialogue. Le président Abdelmadjid Tebboune avait, dans de précédentes déclarations, insisté sur la profondeur des relations historiques entre les peuples algérien et malien.

Il n’est toutefois pas certain que Bamako accepte à nouveau un rôle algérien dans le règlement de la crise intérieure. Le retour des ambassadeurs constitue une avancée diplomatique, mais le passage de la normalisation diplomatique à une médiation politique nécessite un consensus sur la nature même de la crise, sur les parties susceptibles de participer au dialogue et sur le devenir des dispositions prévues par l’accord de 2015.

Les évolutions sur le terrain depuis 2015 rendent par ailleurs difficile une simple reproduction de l’accord dans son ancienne formule. Les rapports de force ont changé, la nature des groupes armés a évolué et de nouvelles alliances et organisations ont vu le jour. Dans le même temps, les autorités maliennes se montrent plus fermes dans leur rejet de toute formule qu’elles considèrent comme portant atteinte à la souveraineté de l’État ou reproduisant des arrangements jugés, à une étape ultérieure, impossibles à appliquer.

Par ailleurs, plusieurs puissances étrangères, internationales et régionales, ont cherché à alimenter les tensions entre l’Algérie et le Mali et à ternir l’image de l’Algérie, tout en tentant de faire avancer leurs propres agendas. Il reste également prématuré de considérer la libération des militaires comme le prélude certain à l’ouverture de négociations politiques, à moins que les parties en conflit ne parviennent à transformer ce premier contact en d’autres mesures susceptibles de constituer progressivement un terrain favorable au retour du dialogue.

Dans cette équation, l’Algérie dispose d’un atout majeur : ses relations historiques avec les différentes parties maliennes, notamment les composantes du Nord, tout en conservant une relation d’État avec les autorités centrales de Bamako. Cette position lui confère, en théorie, une capacité de médiation dont peu d’autres acteurs disposent.

Le succès d’une éventuelle nouvelle médiation algérienne ne dépendra cependant pas de la seule volonté d’Alger. Il nécessitera une demande ou, au minimum, une acceptation de Bamako, ainsi qu’une disposition des mouvements de l’Azawad à revenir à la table des négociations et l’adhésion des autres composantes de l’opposition malienne à un processus politique inclusif.