L’Algérie considère la sécurité de la région du Sahel comme un prolongement direct de sa sécurité stratégique, ce qu’elle confirme à chaque fois à travers ses positions politiques et ses actions sur le terrain pour soutenir les pays de la région face aux défis sécuritaires et terroristes.
Sur cette base, l’Algérie n’a pas hésité, au cours des dernières années, à fournir des aides et des dons à caractère humanitaire, sécuritaire et militaire aux pays du Sahel, partant de la conviction que le renforcement des capacités de ces pays à protéger leurs territoires et à faire face aux menaces sécuritaires contribue également à la protection de la sécurité de la région dans son ensemble.
Dans la dernière illustration de cette orientation, l’Algérie a acheminé et remis un don offert par le ministère de la Défense nationale à l’armée nigérienne, composé de quatre hélicoptères et d’équipements militaires d’accompagnement, en exécution des instructions du président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, visant à renforcer les relations de coopération stratégique entre l’Algérie et la République du Niger dans différents domaines, notamment dans le domaine militaire.
Dans ce contexte, deux hélicoptères de type MI-24V et deux hélicoptères de type MI-171 ont décollé dimanche de la base de déploiement secondaire d’In Guezzam, relevant de la 6e Région militaire, en direction de l’aéroport de Niamey, parallèlement à l’acheminement d’une quantité de munitions destinées à ces hélicoptères, ainsi que de pièces de rechange, de matériel de soutien et de maintenance et de moyens logistiques, à bord d’un avion de transport militaire relevant des Forces aériennes algériennes.
Ce don revêt une importance particulière au regard des évolutions sécuritaires qu’a connues le Niger au cours des derniers mois, notamment les attaques ayant visé l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, qui abrite également des installations militaires. Celui-ci a fait l’objet de deux attaques en moins de six mois, dont la dernière remonte au 18 juin dernier, lorsque des hommes armés ont tenté de pénétrer dans son périmètre, faisant, selon un bilan du ministère nigérien de la Défense, 11 morts parmi les éléments des forces de défense et de sécurité ainsi que deux civils.
La répétition des attaques contre cette infrastructure stratégique révèle le déplacement de la menace terroriste au cœur de la capitale et le ciblage d’infrastructures à caractère souverain et militaire. Dans cette perspective, le don algérien intervient dans le cadre du renforcement des capacités opérationnelles de l’armée nigérienne, et pas uniquement dans celui de la solidarité politique entre les deux pays.
Des capacités uniques
Commentant les capacités de ces hélicoptères, l’expert en sécurité Akram Kharief a affirmé que les « Mi-24 » algériens sont uniques au monde, car ils ont été spécialement modifiés en Afrique du Sud pour lutter contre le terrorisme. Leur efficacité est supérieure à celle de leurs homologues russes dont disposent les armées des pays du Sahel, tandis que les équipements envoyés comprennent notamment des pièces de rechange.
Dans une déclaration à « El Khabar », Kharief a expliqué que ce don révèle deux éléments : premièrement, l’opération était en préparation depuis plusieurs semaines, car sortir deux appareils de la chaîne de vol, les décaper de leur peinture, les repeindre et les préparer au vol n’est pas une opération qui peut être décidée et exécutée en une seule semaine. Deuxièmement, et surtout, cette peinture renseigne sur la nature des zones dans lesquelles les deux hélicoptères sont appelés à opérer. La zone ciblée n’est pas le nord désertique du Niger, mais la bande sahélienne à couverture végétale, notamment les régions de Tillabéri et de Dosso ainsi que la vallée du fleuve Niger, voire Diffa et le bassin du lac Tchad. Il s’agit des mêmes zones où l’armée nigérienne subit des pertes face à l’« État islamique au Grand Sahara », alors que ses capacités à assurer un appui aérien rapproché y ont fortement diminué depuis 2023.
Ainsi, souligne l’intervenant, l’Algérie n’a pas offert ces équipements à l’armée nigérienne à des fins de démonstration ou pour les exposer lors de cérémonies. Le choix du schéma de peinture revêt une signification opérationnelle claire et a été arrêté avant l’acheminement des deux hélicoptères par voie aérienne vers le Niger.
Le partenariat sécuritaire
L’expert en sécurité poursuit : « Le don ne se limite pas à des plateformes aériennes, mais comprend également des munitions, des pièces de rechange et des équipements de maintenance et de soutien, permettant à l’armée nigérienne de bénéficier d’un système intégré et non de simples équipements isolés. » Cela révèle une approche qui dépasse la logique d’une aide ponctuelle pour évoluer vers un soutien aux capacités opérationnelles de l’armée nigérienne, d’autant que les hélicoptères constituent un outil important pour surveiller les vastes zones frontalières, transporter les troupes, mener des opérations d’appui et faire face aux menaces sécuritaires imposées par la géographie et la situation sécuritaire complexes de la région du Sahel.
Un pari sur la sécurité du voisinage
Cette opération intervient dans un contexte plus large marqué par la réaffirmation régulière du fait que la sécurité du pays est étroitement liée à la stabilité de son environnement régional, notamment de la région du Sahel, confrontée depuis plusieurs années à l’expansion des groupes terroristes et des réseaux de criminalité organisée, ainsi qu’à des défis liés au contrôle des frontières et des vastes espaces désertiques.
De ce point de vue, le renforcement des capacités des armées nationales des pays voisins ne constitue pas pour l’Algérie un simple choix de coopération bilatérale, mais s’inscrit dans une vision de la sécurité régionale fondée sur la capacité des États de la région à disposer des moyens nécessaires à la défense de leur souveraineté et de leurs territoires, plutôt que de laisser la voie ouverte aux interventions extérieures ou aux approches sécuritaires imposées depuis l’extérieur de la région. Le don accordé au Niger revêt, dans ce sens, une dimension politique qui dépasse sa valeur militaire, puisqu’il intervient à un moment régional délicat où les pays du Sahel redéfinissent leurs alliances et leurs partenariats, tandis que l’Algérie cherche à maintenir sa position de puissance régionale favorable à la stabilité de la région, tout en insistant sur le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures.
Un message algérien
Cette opération est indissociable des transformations que connaît la région du Sahel, où la question du renforcement des capacités militaires nationales est devenue un axe essentiel de la recomposition des équilibres sécuritaires régionaux. À travers cette initiative, l’Algérie propose un modèle de coopération militaire fondé sur le transfert de moyens et de capacités que l’armée nigérienne peut utiliser directement, avec la fourniture des moyens de soutien, de maintenance et de logistique nécessaires, ce qui rend l’aide plus durable qu’une simple livraison d’équipements militaires sans dispositif d’exploitation et d’accompagnement.
Le don militaire algérien au Niger confirme que la coopération en matière de défense est devenue l’une des composantes essentielles des relations bilatérales et que l’Algérie mise sur l’établissement de partenariats sécuritaires avec les pays voisins fondés sur la confiance, la coordination et le soutien mutuel. Cette opération reflète également la volonté de l’Algérie de continuer à mettre ses capacités et l’expérience accumulée par son armée, au fil de décennies de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, au service de la sécurité de la région.
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