Nation

Signalement numérique : un dispositif national intégré pour lutter contre la corruption

Les plateformes « Tabligh », « Allo Balaghna » et « Nazaha » à la disposition des citoyens

  • 7
  • 8:54 Min

Le lancement d’une nouvelle plateforme numérique de signalement de la corruption par le ministère du Travail et de l’Emploi s’inscrit dans un contexte national marqué par une orientation générale visant à lutter contre ce phénomène et à l’éradiquer à la racine, à travers la mobilisation des différents services de sécurité et institutions de l’État.

Cette démarche a été renforcée par l’adoption d’un référentiel national par la Haute Autorité pour la transparence, la prévention et la lutte contre la corruption, destiné aux agents publics, experts, chercheurs, universitaires, journalistes, professionnels des médias, militants et membres des organisations de la société civile. L’objectif est de renforcer leurs capacités en matière de prévention de la corruption et d’unifier les mécanismes d’action commune pour y faire face.

De son côté, la Haute Autorité pour la transparence, la prévention et la lutte contre la corruption a récemment lancé une application mobile baptisée « Allô Balaghna » pour signaler les faits de corruption. Elle a appelé les citoyens et les fonctionnaires, toutes catégories et responsabilités confondues, à télécharger cette application dédiée à ce service numérique via les liens créés à cet effet, après avoir réalisé une vidéo explicative en trois langues et l’avoir publiée sur sa chaîne officielle YouTube.

Dans le cadre de la consécration des principes de transparence et d’intégrité, du renforcement de la participation des citoyens à la prévention et à la lutte contre la corruption, ainsi que de la garantie d’un traitement efficace et d’une prise en charge optimale de leurs signalements et de la communication avec eux à ce sujet, la Haute Autorité a également mis à la disposition des citoyens, durant les jours ouvrables, le numéro vert gratuit 1027.

Ce numéro permet d’obtenir des informations précises sur les modalités et les conditions de signalement, de bénéficier facilement et en toute fiabilité de services d’orientation et d’accompagnement, mais aussi de demander des renseignements complémentaires concernant les signalements déposés.

Toutefois, les mêmes services ont soumis l’acceptation des signalements à un ensemble de conditions légales et réglementaires. Le signalement doit notamment être écrit et signé et comporter suffisamment d’éléments permettant d’identifier son auteur, notamment son nom, son prénom, son adresse, son numéro de téléphone et sa signature, ainsi que les informations, preuves et faits liés aux actes de corruption faisant l’objet du signalement.

En contrepartie, la Haute Autorité s’engage à préserver la confidentialité des informations relatives à l’identité du lanceur d’alerte. Elle appelle les citoyens à faire preuve d’un esprit de responsabilité dans l’exercice de leur droit de signalement, afin de contribuer à la protection de l’intérêt général et à l’ancrage d’une culture de prévention et de lutte contre la corruption.

Dans ce cadre, plusieurs canaux de signalement ont été mis en place, notamment par courrier postal, courrier électronique ou fax, avec également la possibilité de déposer directement un signalement au siège de la Haute Autorité, situé au 14, rue Souidani-Boudjemaa, à El Mouradia, Alger.

25 dossiers de corruption depuis le début de l’année…

L’ensemble de ces canaux a permis, selon le bilan des signalements arrêté à la fin du premier semestre 2026, l’examen de vingt-cinq (25) dossiers. Par ailleurs, le rapport annuel de l’année 2025 a été élaboré. Il comprend le nombre de dossiers de corruption traités dans le cadre des compétences et missions attribuées à la Haute Autorité pour la transparence, la prévention et la lutte contre la corruption.

La lutte contre la corruption dans les programmes et manuels scolaires

Dans le cadre de la « diffusion d’une culture de rejet de la corruption auprès des enfants et des jeunes à travers les programmes scolaires », comme l’a indiqué le ministre Mohamed Seghir Saâdaoui, le ministère de l’Éducation nationale et la Haute Autorité pour la transparence, la prévention et la lutte contre la corruption ont récemment signé une convention portant sur les mécanismes de travail commun en matière de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption dans le secteur de l’éducation.

Cette convention prévoit l’organisation de sessions de formation au profit des cadres et des fonctionnaires du secteur, dans le cadre d’une action de sensibilisation portant sur les risques liés à la corruption et le cadre juridique relatif à sa lutte en Algérie, notamment dans son volet administratif.

Sur le plan pédagogique, il a officiellement été décidé d’élaborer un programme de formation visant à enrichir les programmes d’enseignement des trois cycles scolaires et à y intégrer des questions liées à la lutte contre la corruption et à la diffusion d’une culture de rejet de ce fléau auprès des enfants et des jeunes.

159 interdictions de quitter le territoire et 33 ordonnances de gel de comptes et d’opérations bancaires

De son côté, l’Office central de répression de la corruption a reçu, au cours des quatre dernières années, 5 309 signalements concernant des soupçons de corruption. Ces signalements ont conduit au traitement de 68 affaires, ainsi qu’à la délivrance de 159 ordonnances d’interdiction de quitter le territoire national, de 33 ordonnances de gel de comptes et d’opérations bancaires et de 16 ordonnances de saisie de biens immobiliers, en plus de 2 048 réquisitions à travers le territoire national.

Dans le bilan de ses activités pour la période allant de 2020 à 2024, l’Office central de répression de la corruption a enregistré plus de 46 000 visiteurs depuis le 1er janvier 2025, originaires de plus de 31 pays répartis sur les cinq continents. Les Algériens arrivent en tête avec 42 000 visiteurs, suivis par les Allemands avec 877 visiteurs, les Français avec 537 visiteurs, les Américains avec 470 visiteurs, les Saoudiens avec 126 visiteurs, les Tunisiens avec 120 visiteurs et enfin les Irakiens avec 114 visiteurs.

Selon l’Office, cette démarche s’inscrit dans sa volonté de renforcer la transparence et de garantir le droit des citoyens à l’information, conformément aux orientations des hautes autorités du pays visant à rapprocher l’information du citoyen et à en faciliter l’accès.

Des sessions de formation à la lutte contre la corruption au profit des cadres et des fonctionnaires…

Dans le cadre de ses efforts visant à renforcer la transparence, l’intégrité et l’ancrage des principes de bonne gouvernance et de prévention de la corruption, la Haute Autorité pour la transparence, la prévention et la lutte contre la corruption a organisé des sessions de formation spécifiques au profit des secteurs ministériels et des établissements publics placés sous leur tutelle.

Les lauréats ayant obtenu les meilleurs résultats dans la mise en œuvre de l’indicateur de performance « Nazaha » pour l’année 2025 ont été récompensés.

L’évaluation de la mise en œuvre de cet indicateur, conformément à la grille préalablement élaborée pour mesurer les efforts des différents secteurs, a abouti à la distinction des ministères de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, ainsi que de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

Au niveau des établissements publics placés sous tutelle, ont été récompensées la Direction générale de la Sûreté nationale, la Direction générale de la Protection civile et la Direction générale des Impôts.

Selon la Haute Autorité, cette distinction traduit sa volonté de valoriser les bonnes initiatives et d’encourager les différents secteurs et institutions à adopter les meilleures pratiques en matière de gouvernance et de conformité, ainsi qu’à reconnaître les efforts déployés dans le domaine de la prévention de la corruption et à instaurer un esprit de compétition entre les différents secteurs. L’objectif est de renforcer la culture de l’intégrité et de la transparence et de contribuer à la concrétisation des objectifs de la stratégie nationale de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption.

Plusieurs bonnes pratiques et initiatives mises en œuvre par différents secteurs et institutions dans le cadre de l’application de l’indicateur de performance « Nazaha » ont également été valorisées. Elles ont constitué des modèles prometteurs en matière de soutien à la transparence et de prévention de la corruption, notamment au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, au ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition féminine, ainsi qu’à la Direction générale des Douanes.

S’agissant plus particulièrement du secteur des douanes, il a été décidé d’adopter un programme intégré de sensibilisation et de formation à la prévention de la corruption au profit des fonctionnaires, tant au niveau central que local. Cette démarche s’accompagne de la mise en place de toutes les mesures nécessaires pour garantir la mise en œuvre effective de la stratégie nationale et assurer son évaluation périodique et régulière.

Le secteur des douanes constitue l’un des principaux piliers de la lutte contre la corruption et de la protection de l’économie nationale. Son adhésion à l’indicateur de performance « Nazaha », relevant de la Haute Autorité pour la transparence, la prévention et la lutte contre la corruption, traduit une réelle volonté de renforcer la transparence et l’intégrité au sein de ses structures. Cela a permis, selon la Haute Autorité, de mettre en place une vision stratégique claire et d’actualiser le cadre juridique relatif à la transparence et à la responsabilité.

Le rôle de la numérisation et son importance considérable apparaissent ici de manière particulière, en tant que levier essentiel pour réduire les contacts directs, simplifier les procédures et limiter les risques liés aux pratiques de corruption. Cette orientation se concrétise notamment à travers le nouveau système d’information du secteur des douanes, « Al-CES », ainsi qu’à travers un ensemble de services numériques destinés aux usagers et aux opérateurs économiques, contribuant ainsi à renforcer la transparence, à améliorer la qualité du service public et à garantir sa rapidité et son efficacité.

Ainsi, le rôle de la numérisation et des plateformes électroniques dans la lutte contre la corruption ne saurait être sous-estimé. Il est désormais difficile d’obtenir les meilleurs résultats sans y recourir, compte tenu de la souplesse de ces outils, qui permettent de faciliter et de simplifier les procédures de signalement sans obliger le citoyen à se déplacer auprès de l’autorité compétente pour déposer son signalement, un facteur qui peut constituer l’une des principales raisons du renoncement à cette démarche.

Les plateformes numériques constituent, dans ce sens, un maillon essentiel dans la construction d’un dispositif national intégré de signalement et de prévention de la corruption. Elles permettent au citoyen, au fonctionnaire et au lanceur d’alerte d’accéder à des canaux plus simples et plus flexibles, favorisent la protection des personnes effectuant des signalements, réduisent les délais et les procédures, et contribuent à renforcer la confiance entre le citoyen et les institutions de l’État.

De l’école à l’administration, du citoyen aux différentes instances compétentes, l’Algérie s’oriente ainsi vers l’ancrage d’une culture du signalement responsable et vers l’utilisation de la numérisation comme un outil concret au service de la transparence, de l’intégrité et de la protection des deniers publics.