La rupture entre Alger et Bamako a pris fin dans les faits, lundi, à la faveur de la visite du Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, qui s’inscrit dans une dynamique visant à renforcer les liens de coopération et les relations historiques entre les deux pays, conformément à l’esprit de fraternité, de bon voisinage et de respect mutuel.
Cette visite revêt une importance particulière au regard de l’évolution des relations bilatérales au cours des deux dernières années. Le différend n’a pas été un simple désaccord ponctuel, mais s’est transformé en une crise diplomatique ouverte, passant de l’échec des efforts de médiation algériens au Mali à une escalade politique, puis à des mesures diplomatiques et sécuritaires réciproques.
Le premier tournant est intervenu avec la décision des autorités maliennes de mettre fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation, signé en 2015 à Alger, qui avait constitué pendant des années le principal cadre de médiation entre le gouvernement malien et les groupes armés du nord du pays.
L’Algérie avait considéré cette décision comme un recul par rapport à un processus politique qu’elle avait contribué à accompagner durant plusieurs années, tandis que Bamako estimait que les conditions dans lesquelles l’accord avait été conclu n’étaient plus réunies.
Le ton est monté entre les deux parties au cours de l’année 2024. Abdoulaye Maïga, alors ministre des Affaires étrangères, figurait parmi les responsables maliens ayant formulé de vives critiques à l’égard de l’Algérie. La crise a toutefois atteint son paroxysme en avril 2025, après l’incident impliquant l’abattage d’un drone malien ayant pénétré l’espace aérien. Cet épisode a donné lieu à des mesures d’escalade réciproques, notamment le rappel des ambassadeurs, avant que la crise ne s’étende à la fermeture de l’espace aérien des deux pays.
Le différend ne s’est pas limité aux relations bilatérales et s’est également déplacé sur la scène internationale. Ces derniers mois ont toutefois été marqués par plusieurs signes d’évolution. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a notamment souligné que la crise malienne ne pouvait être réglée uniquement par des moyens sécuritaires, insistant sur l’importance du dialogue. Il avait également relevé que le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, n’avait tenu aucun discours offensant à l’égard de l’Algérie.
Cette évolution s’est concrétisée, en juillet dernier, par des mesures pratiques, lorsque l’Algérie a annoncé la réouverture complète de son espace aérien au trafic aérien malien, parallèlement au retour de son ambassadeur à Bamako. Le gouvernement malien a, pour sa part, renvoyé son ambassadeur en Algérie et rouvert son espace aérien aux aéronefs civils et militaires.
Dans un geste marquant, reflétant l’évolution du discours des autorités maliennes à l’égard de l’Algérie, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a entonné des passages de l’hymne national algérien, « Kassaman », lors d’un discours prononcé à Bamako au début du mois. Évoquant les relations avec l’Algérie, il a affirmé que les deux pays avaient dépassé la période de désaccord et qu’une volonté commune existait pour reconstruire leurs relations sur la base du respect mutuel, du dialogue et des intérêts communs.
Il a également souligné une convergence de vues entre le président Abdelmadjid Tebboune et le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, notamment sur le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures.
Il semble que les secousses sécuritaires auxquelles le Mali a été confronté, aussi bien dans la capitale Bamako que dans les régions du nord, l’aient conduit à revoir ses positions et à privilégier une désescalade ainsi qu’un retour au dialogue avec l’Algérie. D’autant que cette dernière n’a pas exploité la situation sécuritaire dramatique vécue par le Mali, adressant ainsi des signaux rassurants aux autorités maliennes quant à l’absence de toute intention de déstabiliser le pays ou de soutenir l’accession de groupes armés au pouvoir dans le pays voisin du Sud.
Des analystes estiment que le Mali a bien lu la situation : les avertissements lancés par plusieurs groupes armés auraient constitué un ultime signal d’alerte, dans la mesure où le régime aurait pu vaciller faute d’un large soutien populaire. La poursuite des tensions avec un pays aussi central et important que l’Algérie pourrait également, de manière indirecte, accélérer cette dérive politique et sécuritaire. Un pays comme le Mali ne peut, selon eux, poursuivre ses relations diplomatiques sans tenir compte de l’importance de son voisinage avec l’Algérie.
Toujours selon des analystes, la poursuite du différend allait à l’encontre des réalités géopolitiques. Deux pays partageant plus de 1 300 kilomètres de frontières ne peuvent demeurer durablement dans une situation de rupture politique et sécuritaire, compte tenu des répercussions directes d’une telle crise sur la sécurité des deux États. Malgré les tensions, l’Algérie a maintenu un discours politique ouvert à toute évolution positive de la part de Bamako.
Bamako aurait également constaté que des pays comme le Niger, intéressé par le projet de gazoduc, ainsi que le Burkina Faso et le Tchad, également considérés comme des pays importants de la région, avaient renforcé leurs relations avec l’Algérie, tandis que le Mali risquait de rester en marge. Les autorités maliennes seraient ainsi parvenues à la conclusion qu’un retour au dialogue avec Alger était nécessaire et que les accords relatifs au Mali, auxquels l’Algérie est associée, constituent une référence importante.
En définitive, la visite d’Abdoulaye Maïga en Algérie dépasse son simple cadre protocolaire pour constituer une étape politique majeure dans la remise sur les rails des relations entre les deux pays et l’ouverture d’une nouvelle page après deux années de tensions.
Toutefois, le dépassement officiel de la rupture ne signifie pas nécessairement la disparition de tous les points de désaccord. Il ouvre plutôt une nouvelle phase placée sous le signe du dialogue et de la gestion des différends, dans un contexte géographique et sécuritaire qui impose à l’Algérie et au Mali de rechercher un terrain d’entente garantissant les intérêts des deux pays, la stabilité de la région et le retour des relations bilatérales sur leur cours naturel.
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